Coups De Poings Dans Le Rétro (chapitre XIII)

Sugar Ray Leonard vs Roberto Duran II

–  Duran vs Leonard II :  » No Mas » –

 

Pour rappel, Duran, alors champion du monde des poids légers depuis 1972, était monté chez les poids welters pour affronter Leonard. Le 20 juin 1980, à Montréal, s’est donc tenu le 1er affrontement entre les deux hommes qui a vu la victoire de Duran.  Dès le début du combat, à la surprise générale, Leonard ne danse pas et reste devant Duran comme pour lui prouver qu’il peut absorber ses coups de boutoir et s’imposer sans refuser l’affrontement frontal. Pêché d’orgueil qui lui coutera son titre puisque Duran est très fort à ce jeu là. Dans la 2ème reprise, la puissance de Duran  parle et Leonard vascille dangereusement. Pendant 15 reprises d’une intensité hors du commun, Leonard et Duran se livrent à un interminable corps à corps traumatisant pour les organismes et qui voit le boxeur panaméen imposer sa force de frappe malgré la détermination inouïe de son adversaire américain.  Duran l’emporte aux points. Il a réussi son pari et devient le nouveau champion du monde des poids welters. Si Leonard concède sa première défaite et perd son titre, il a prouvé au monde entier ses qualités de guerrier.
Ses larmes versées  à Montréal ont tout juste eut le temps de sécher après la cruelle désillusion infligée par les « mains de pierre » du roi des légers. Leonard a revisionné une multitude de fois les images de son échec. Il a cerné ses péchés d’orgueil, battu au « jeu de la guerre ».

Pour Duran, sa haine envers Leonard s’est désormais transformée en arrogance. Toujours invaincu en championnats du monde depuis 1972 ( il a enchaîné 14 succès), son nouveau titre de champion du monde l’a introduit dans le cercle des légendes. Avant lui, seuls Barney Ross en mai 1934 et Henry Armstrong en juillet 1938 avaient réussi à être sacrés dans les deux prestigieuses divisions des poids légers et welters.

« Il n’y a qu’une seule légende des rings, c’est moi ! Leonard ne l’a pas compris ? »

Le 25 novembre 1980, dans l’immense Super Dôme de la Nouvelle-Orléans,  Roberto Duran accorde un combat revanche à Sugar Ray Leonard avec le titre WBC des poids welters en jeu.
Pour cette revanche, Duran empoche la somme de huit millions de dollars, et six pour Leonard. Le jeune américain sait qu’il n’a pas le droit à un second échec sous peine de rompre le fil doré de sa carrière. La pression sur les épaules de Leonard est énorme car il sait qu’il n’a pas le droit à un second échec pour la suite de sa carrière.
Entouré de son clan dont Angelo Dundee, Léonard parcourt lentement, le visage presque noué par l’enjeu, le long chemin vers le ring. Et alors même que le challenger n’est pas arrivé aux abords du ring, Duran, sur un pas endiablé, fait également son apparition dans la foule. Il respire l’assurance invulnérable et arrogante d’un champion sûr de son fait.

Duran-v-Leonard-II-press-conf

Campé au centre du ring, Duran, dès le premier coup de gong, entame sa chasse. Il cherche à cadrer, mais cette fois, Léonard, qui a tiré les enseignements du 1er affrontement,  n’accepte pas le combat à mi distance, et utilise sa mobilité pour danser autour de son adversaire.
Duran tente progressivement d’augmenter sa pression, mais rien n’y fait, Léonard se dégage de toutes les situations dangereuses grâce à scoup d’oeil et sa vitesse. Jamais statique, sans cesse en mouvement sur la pointe des pieds, il touche en jabs et réussit deux belles droites.
Dans la 2ème reprise,  alors que Duran réussit enfin à coincer  Léonard dans les cordes, c’est lui qui se fait contrer d’un terrible crochet droit. Ce coup le met dans une colère noire. Il tente d’imposer la guerre, lance des coups d’une furie absolue. Mais Léonard se dégage encore de la pression. A la 3ème reprise, Léonard esquive les lourdes droites avec une facilité déconcertante et touche son adversaire avec des crochets gauches en contre.
Soudain, Duran touche d’une dure droite le visage de Léonard qui réplique aussitôt et ne commet pas l’erreur de rester à la distance préférée de son adversaire. La fin de la reprise est une terrible bataille. La pression du champion arrive enfin à imposer quelques rixes dans les cordes, mais la vitesse de Leonard fait la différence.

Sugar Ray Leonard vs Roberto Duran II

A la 4ème reprise, Léonard reste toujours aussi insaisissable. Duran boxent dans le vide.  A la 5ème reprise, Leonard chute lourdement au sol, mais poussé seulement par un Duran qui rentre dans son coin, frustré. Ray Arcel l’encourage à hausser encore son pressing et à se rapprocher pour déclencher plus d’échanges à mi distance. Mais le génie de son adversaire neutralise toute l’agressivité du champion en titre. Duran, incapable d’adapter sa boxe, s’énerve et continue à rechercher la bagarre de rue.

« Viens montrer que tu es un homme » peste-t-il.

Le challenger danse autour du champion, virevolte puis soudain place des banderilles… C’est un récital ! De quoi ridiculiser Duran car la 6ème reprise tourne à la démonstration. Duran perd de sa superbe au fil des secondes, statique, dépassé, sans solution, désabusé… Sous contrôle, il est régulièrement contré lors de ses attaques. Sa frustration devant une telle domination technique devient énorme. La 7ème reprise sera encore plus terrible pour lui. Il reste 2 minutes et Leonard assure le show. A la manière de son idole, Muhammed Ali, il nargue désormais son adversaire. Les mains à hauteur des genoux, il chambre, rigole, provoque, puis pique et s’évanouit. Remue ses épaules, et contre avec de lourds crochets. Le public jubile. Quel spectacle ! Quelle démonstration de classe ! Quelle leçon de boxe. Sugar Ray Leonard harcèle moralement Roberto Duran,  se met à danser, puis mouline son bras droit avant de décocher un jab du gauche. Le public hurle son plaisir devant une telle démonstration.  Léonard provoque encore et fait signe à Duran de venir pour mieux le contrer. Quelle leçon ! Personne n’avait traité Duran ainsi.
Arcel tente une nouvelle fois de motiver son poulain désemparé à l’appel de la 8ème reprise, mais il a déjà compris que ce denier n’acceptera pas longtemps une telle humiliation. Leonard ne mène que de deux points pour deux juges.

Duran

Coup de théâtre dans la 8ème reprise. A 16 secondes avant la fin de la reprise,  Duran tourne le dos à Léonard. L’arbitre mexicain Octovio Meyram ne comprend pas ce qui se passe et lui ordonne de boxer. Le champion n’aura en réponse que deux mots devenus légendaires : « No Mas » (Assez). Terrible aveu d’impuissance, Duran, l’idole d’une nation et d’un continent, démoralisé et touché au plus profond de sa force et de son orgueil, abdique.
Sugar Ray Léonard récupère son titre et explose de joie mais privé du feu d’artifice, car la foule manifeste son mécontentement face à la folle résignation du boxeur panaméen.

Regagnant son vestiaire sous les sifflets, Duran au coté de son agent, Luis Henriquez, en plein désarroi, livrera une interview touchante où il prétextera sans réellement convaincre, de crampes d’estomac pour justifier son abandon, avant d’annoncer son retrait des rings.

c1021


 

Publicités

21 réflexions sur “Coups De Poings Dans Le Rétro (chapitre XIII)

  1. OK, Leonard dans cette revanche a tiré les enseignement de leur 1er combat, mais quand même. Pour résumer, Leonard danse, place quelques jabs et s’accroche pour éviter les coups de Duran. Duran qui tente vainement de le coincer pour pouvoir enfin le boxer, mais du coup prend quelques risques, et Leonard se joue de quelques contres. On le voit bien quand Duran retourne dans son coin à la fin du 2ème round, il est en colère alors que Leonard, lui, rit. Les reprises suivantes, Leonard continue à courir sur le ring, contre et s’échappe, et s’accroche pour éviter les coups. Les rounds se suivent et se ressemblent. Jabs, crochets, accrochaage et marathon de Leonard face à un Duran frustré.
    Totalement dégouté, Duran abandonne. Victoire stratégique sur la puissance.
    J’avais préféré le 1er combat, le 2ème ne m’a pas fait vbrer

  2. c’ est l’un des moments les plus embarrassants de l’histoire de la boxe. Les deux boxeurs devraient avoir honte de ce combat qui est une insulte à tous les gens qui ont payé pour voir cette revanche à l’époque

  3. Duran pour cette revanche n’était pas en forme car il avait été obligé de perdre du poids pour le combats. Après sa victoire sur le chouchou de américains lors du 1er combat, cela a été pour Duran sa plus belle victoire. Il a fait la fête, bien mangé et bien bu. Voilà pourquoi.

    1. @Matthieu. Pour réagir à tes 2 coms. Tout d’abord, Duran n’a pas d’excuses à avoir si il avit pris du poids en fêtant sa plus belle victoire comme tu l’écris, et qu’il a dû le reperdre rapidement. En ce qui concerne le 2ème affrontement, Leonard n’aurait jamais accepté. Il a voulu rapidement un combat revanche parce qu’il a perdu lors du 1er combat ce prétentieux arrogant. Leonard n’a que des caprices de diva, il veut que tout soit fait à sa façon, un exemple, ce qu’il a imposé pour son combat contre Hagler (12 rounds au lieu de 15,…) et comme il a gagné, il n’a pas accordé de revanche à Hagler, alors que si il avait perdu, il aurait réclamé une revanche rapidement.

      1. Tout a fait d’accord avec toi Yohan. Et tu oublies aussi qu’il a été obligé d’avoué la cocaïne et l’alcool parce que cela a été dénoncé, le fait qu’il battait sa femme, et il ne s’est même pas excusé pour son comportement, et aussi la très belle « promo » pour son livre qu’il a fait juste avant qu’il sorte en affirmant qu’il a été violé par son entraineur sans jamais citer de nom d’ailleurs, mdr. L’américain starifié par excellence. Le mec, il veut que les choses se fassent à sa façon. On glorifie un mec comme ça, alors qu’un mec comme Floyd on le critique 😦

  4. Leonard est le personnage américain typique, grande bouche, arrogant, riche et gâté par les médias américains.Tout ce que détestait Duran. Leonard a fui le combat contrairement au 1er combat, ce qui a frustré Duran qui n’aime pas la défaite

  5. en fait, Duran n’a jamais dit « no mas », ce sont les médias qui ont relaté ca, en fait il avait dit: » je ne veux pas continuer me battre avec ce clown ». En tout cas, Leonard n’a pas eu le crédit qu’il aurait voulu avec cette victoire là.

  6. décevant que Duran ait démissionné comme ça dans le 8ème round et renoncé à son titre comme ça.Ca me fait pensé à Liston qui a fait la même chose avec Ali.

  7. Pour ma part, j’ai toujours ce sentiment de mystère, de confusion et d’intrigue sur ces 2 mots devenus célèbres de Duran. Je ne comprends toujours pas pourquoi il a abandonné comme ça.

  8. Combat extraordinaire allant du grand art à l’élégance de la part de Leonard. Par contre un zéro pointé pour le comportement de Duran.Une frustration qui l’a poussé à faire n’importe quoi surtout qu’il était loin d’être au bord du KO.

  9. voilà un autre combat qui a marqué l’histoire de la boxe; Encore un combat promu par Don KING. Une crapule qui mettait sa magouille au service de la boxe, pas comme Arum et de la Hoya

  10. une époque où les meilleurs affrontent les meilleurs, les légendes affrontent les légendes. Par contre l’attitude de Duran est pas très classe surtout pour un champion du monde, il aurait du aller jusqu’au bout.

  11. Leonard n’a pas fait la même erreur qu’au 1er combat. Duran,très limité malgré tout, a été dépassé.Souvent les revanches sont différentes et on en a eu la preuve récemment avec Mayweather contre Maidana.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s