Coups De Poings Dans Le Rétro (chapitre XII)

Emile Griffith vs Benny Paret III
Emile Griffith vs Benny Paret III

– Emile Griffith vs Benny Paret : un des plus grands drames de l’histoire de la boxe –

 

Le 1er avril 1961 a lieu le 1er combat d’une trilogie qui marquera une dramatique page de l’histoire de la boxe entre Emile Griffith et le cubain Benny Paret.
Lors de ce 1er affrontement, à la fin de la 12ème reprise, Paret mène aux points sur les cartes des juges. Il ne reste que 3 reprises dans ce combat, et Gil Clancy, l’entraineur de Griffith, furieux,  motive fermement son poulain :

« C’est maintenant ou jamais ! Tu comprends? C’est maintenant ! » 

Il ira même jusqu’à  lui mettre une claque pour le faire réagir. Dans la 13ème reprise, Griffith bat Paret par KO suite à un stupéfiant crochet gauche suivi d’une puissante droite. Il devient champion du monde des poids welters. Le 30 septembre 1961 au Madison Square Garden,  se déroule le combat revanche qui voit Paret l’emporter aux points par une décision des juges assez contestée. Surpris et persuadé d’avoir gagné, Griffith n’en croit pas ses yeux. En bon gentleman qu’il est, il félicite son adversaire, mais n’en oublie pas les mots déplacés de ce dernier.

Le 24 mars 1962, ils vont s’affronter une 3ème fois dans un combat qui sera aussi le combat de trop. À la pesée, Benny  Paret a tenu des propos homophobes à l’égard d’ Emile Griffith en disant tout haut ce que tout le monde pensait mais ne disait pas, , en allusion à sa bisexualité :

« Maricon, I’m going to get you and your husband » (Hey Pédale, je vais te corriger toi et ton époux )

Griffith, hors de lui, voulait en découdre sur le champs.

La femme de Paret se souvient qu’il ne se sentait pas du tout en forme avant le combat, qu’il aurait voulu ne pas le faire. Mais trop d’argent était en jeu, il n’avait donc pas le choix. Manuel Alfaro, son manager, opportuniste et sans scrupules, voulait tirer le maximum de son poulain avant son déclin. Avant ce 3ème affrontement,  Paret a effectué des combats très violents, notamment contre Gene Fullmer. En 12 mois, Paret avait déjà pris énormément de coups dans ses trois derniers combats,  et le fait qu’il ait pu reboxer aussitôt était une aberration.

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Ce 3ème affrontement aura donc lieu au Madison Square Garden de New-York mars 1962, devant les 7 500 spectateurs et le combat sera retransmis à la télé. Baret est le tenant du titre des poids welters. Le combat est dur à tel point que dans la 6ème reprise, Griffith va au tapis sur un énorme contre du gauche de son adversaire. Sévèrement éprouvé, Griffith sera sauvé par le coup de gong. Provocateur, Baret met sa main à sa hanche et lui adresse un baiser moqueur. Le boxeur des Îles Vierges revient fort dans la reprise suivante. Dans la 12ème reprise, Griffith touche d’un crochet puis enchaîne, il assène une pluie de coups au visage de son adversaire coincé dans les cordes. Sa colère le transforme en bourreau acharné. Paret subit l’assaut féroce sans défense alors que Goldstein, l’arbitre regarde comme paralysé un Paret déjà inconscient. Le combat est finalement arrêté,  Paret tombe et Griffith saute de joie avant de réaliser que l’état de son adversaire était grave.

Benny Paret restera dans le coma pendant 10 jours et décédera à l’hôpital .

 

Le décès de Benny Paret lors d’un des premiers matchs télévisés, en direct, provoque une indignation phénoménale. Quelques semaines après le drame, le gouverneur de l’époque, Rockfeller ordonne une enquête, le Vatican qualifie la boxe d’immorale, les chaînes de télé bannissent la boxe de leurs programmes. On insiste sur la sauvagerie du combat, et on accuse Griffith d’avoir prémédité sa vengeance. On veut interdire la boxe.

5753g« Benny Paret a été tué parce que le poing de l’homme fournit un impact suffisamment puissant, lorsqu’il est dirigé contre la tête, pour produire une hémorragie massive dans le cerveau. Le cerveau humain est le mécanisme le plus délicat et complexe dans toute la création. C’est une dentelle de millions de connexions nerveuses très fragiles. La nature tente de protéger cette machinerie extraordinairement complexe en enfermant dans une coquille dure. Heureusement, la coque est assez épaisse pour supporter une grande partie des coups. La nature, cependant, peut protéger l’homme contre tout sauf de lui-même. Chaque coup à la tête ne tuera pas forcément un homme, mais il y a toujours un risque de commotion cérébrale et de lésions au cerveau. Un boxeur peut survivre aux commotions cérébrales répétées et continuer le combat, mais les dommages à son cerveau peuvent être permanents .
Dans tous les cas, il est inutile d’enquêter sur le rôle de l’arbitre et de chercher à déterminer s’il aurait dû intervenir pour arrêter le combat plus tôt. Ce n’est pas là la principale responsabilité, elle incombe aux personnes qui paient pour voir un homme blessé. L’arbitre qui arrête un combat trop tôt du point de vue de la foule peut s’attendre à être hué. La foule veut le knock-out, elle veut voir un homme au tapis. »

Les États-Unis sont donc sous le choc. Pourquoi l’arbitre Ruby Goldstein n’a-t-il pas interrompu un tel massacre ? L’arbitre sera suspendu par les autorités qui lui reprocheront de ne pas être intervenu rapidement. La télé américaine ne diffusera plus aucun combat jusqu’à la fin des années 70.

« J’ai toujours pensé que ce qui s’est passé à la pesée n’avait absolument rien à voir avec ce qui s’est passé au Garden cette nuit »  – Gil Clancy, entraineur d’Emile Griffith.

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Griffith ne se remettra jamais de ce combat. Insulté par les passants quand il va voir son adversaire à l’hôpital, inondé de courriers le traitant d’assassin. Pendant quarante ans, les cauchemars perturbent ses nuits. Hanté par la mort de son adversaire, il choisit de reprendre la boxe, ne voyant pas quoi faire d’autre. Le 13 juillet 1962, il fait son retour dans le ring lors d’un combat contre Ralph Dupas.
Son palmarès est peut-être le plus impressionnant de sa génération. Il s’est retiré avec 85 victoires, 24 défaites deux matchs nuls. Il n’aura eu que deux défaites  concédées par KO : contre Rubin « Hurricane » Carter en 1963 et Carlos Monzon en 1971.
Il perdra son titre des poids welters en mars 1963 contre Luis Rodriguez et le récupèrera trois mois plus tard pour le conserver jusqu’en 1966. En 1966, il monte de catégorie de poids et bat Dick Tiger pour le titre de champion du monde des poids moyens. Durant sa carrière, il aura combattu de nombreux boxeurs de renoms comme Joe Archer, Nino Benvenuti, Jose Napoles, Carlos Monzon, Benny Briscoe, Vito Antuofermo, et aura rarement refusé un adversaire. La tragédie avait changé à jamais sa boxe. Terrifié à l’idée de tuer quelqu’un d’autre dans le ring, il se battait simplement pour gagner aux points. Il retenait ses coups, et évitait les KO.

En 2005, les réalisateurs du documentaire « Ring of Fire » lui permettront de rencontrer la famille de Paret. Son fils lui accordera même son pardon.

« Après Paret, je n’ai plus jamais voulu faire du mal à quelqu’un. J’avais tellement peur de frapper, je retenais tous mes coups. »  – Griffith

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La même année, Griffith expliquera à Sports Illustrated ce qui l’avait rendu fou ce soir de mars 1962. Il relatera le contenu des propos homophobes de son adversaire. Bien sur, le fait qu’Emile Griffith était bisexuel n’était un secret pour personne, même si il avait tout fait pour le cacher dans un milieu qui ne l’acceptait pas et à une époque où un « coming out » était inenvisageable. En 2005, il se confie à Bob Herbert, éditorialiste pour le « Times », qui se souvient :

« Il m’a expliqué qu’il avait dû se battre toute sa vie avec sa sexualité. Ce qu’il pouvait ou pas dire à ce sujet le tourmentait. Il disait qu’au début des années 60, c’était impossible de clamer “Oh oui, je suis gay” dans un sport ultra macho comme la boxe. Après toutes ces années, il voulait dire la vérité : il parlait de ses relations avec des hommes et des femmes. »

En 1992, à la sortie d’un bar gay de New York,  Griffith se fait agresser et passe quatre mois à l’hôpital.

Emile Griffith confessera plus tard :

« J’ai tué un homme et beaucoup de gens comprennent et me pardonnent. J’aime un homme et beaucoup le considèrent comme un péché impardonnable ».

Durant plusieurs années, il a souffert de démence pugilistique,  syndrome propre aux boxeurs, et s’est éteint le 23 juillet 2013 à Hempstead (État de New York) à l’âge de 75 ans. Il aura été élu boxeur de l’année en 1964 par Ring Magazine et a été intronisé au Temple de la Renommée de la boxe.


12 réflexions sur “Coups De Poings Dans Le Rétro (chapitre XII)

  1. L’arbitre aurait dû arrêter le combat environ dix secondes plus tôt. Ce combat a souvent servi d’exemple pour l’impopularité de la boxe.C’est quand Muhammed Ali est devenu champion des poids lourds en 1964 que l’intérêt pour la boxe a commencé à rebondir.

    1. la boxe est un sport brutal .La liste des boxeurs qui sont morts de blessures est longues (Johnny Owen, Benny Paret, Leavander Johnson, Yo Sam Choi, Jimmy Doyle, Davey Moore, Pedro Alcazar, Tom Avery, Carlos Barreto, …) RIP à tous ces boxeurs.

  2. Difficile de trouver les mots, C’est effroyable. Le pire c’est que sa femme a accouché peut de temps après et elle n’a même pas eu droit à une pension et tout.

  3. Vu ce qu’il s’était pris par Fullmer, Paret n’aurait jamais dû être autorisé à remonter sur le ring aussitôt. Mais voilà le fric… Je n’aurai pas aimé être à la place de Griffith qui non seulement à du vivre avec sa mort sur la conscience et a vu sa carrière de boxeur changée.

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